A propos des arbres palissés

Verger palissé, vous connaissez?

Ce mode de culture existe depuis plusieurs siècles (Versailles, cloîtres…). Outre son côté esthétique, il présente nombre d’avantages : son faible encombrement permet d’obtenir des fruits dans un espace restreint (le long d’un mur ou d’une allée par exemple). Les arbres fruitiers palissés sont rapidement productifs ; la faible épaisseur du feuillage favorise l’ensoleillement et la bonne maturation des fruits. Les arbres sont bas et la cueillette des fruits est facile. La contrepartie est une longévité moindre et l’obligation à un entretien très régulier.

Vous trouverez dans l’article sur l’atelier du 25 juin 2022 une présentation complète de notre verger palissé et son entretien.

L’art du palissage

La création et l’entretien d’un verger palissé relève à la fois de principes techniques et de savoir-faire particuliers. Le verger se dessine au fil des années. L’arboriculteur se doit d’être patient et très observateur. Au fil du temps, vous pourrez suivre article après article l’évolution de nos fruitiers palissés.

Vous trouverez ci-dessous des explications pour mieux comprendre la vie des arbres et le rôle des contraintes qu’on leur impose lors du palissage.

Vocabulaire : charpentières (structure) et coursonnes (fruits)

Un arbre palissé comporte deux types de branches : les branches dites charpentières, et les coursonnes.

Les charpentières donnent la structure de l’arbre (palmette, drapeau marchand, voir première partie). On les forme pendant la jeunesse de l’arbre, on va les laisser s’étendre mais en conservant la forme initiale.

De petites branches vont prendre naissance sur les charpentières. On leur donne le nom de coursonnes. Elles vont porter les fruits. Par la taille et le palissage on va les répartir sur l’arbre de manière à avoir des fruits partout et non uniquement au bout des branches. Comme la sève élaborée descend par gravité, on va orienter les coursonnes d’un angle d’environ 45° pour ralentir la descente de cette sève et faciliter sa diffusion dans toutes les parties de l’arbre, les plus basses y compris.

Comment un arbre grandit-il ? La dominance apicale

Un arbre grandit par l’extrémité de ses branches, selon un schéma répétitif : un bourgeon, un bout de tige, une feuille, un bourgeon,…Seul le bourgeon au point le plus haut (donc souvent au bout) de la branche se développe, les autres ne reproduisent pas ce schéma : ils sont latents. Ce bourgeon qui se développe est appelé bourgeon apical. La tige qu’il va produire va permettre à l’arbre de capter la lumière solaire indispensable à la photosynthèse. Les arbres sont sensibles à la gravité, et à l’intérieur de l’arbre il s’établit un système de communication pour désigner le bourgeon apical (celui qui va faire de la pousse) et donner l’ordre aux autres bourgeons de rester en sommeil : c’est la dominance apicale. (il s’agit d’une communication chimique très complexe par déplacement d’hormones, avec des émetteurs récepteurs un peu partout dans la plante). Un arbre a ainsi tendance à pousser en hauteur, vers la lumière.

Et la fructification alors ?

Les bourgeons à fruit sont différents des bourgeons qui vont faire du bois. Ils apparaissent sur le bois anciens, mais pas très loin de la zone de pousse. Sur un arbre qui se développe librement on constate que les fruits se forment plutôt vers le haut, sur le dernier tiers de la branche environ.

C’est entre autres pour permettre aux fruits de se développer à portée de main que l’on palisse les fruitiers. Le palissage tente de trouver un compromis entre respecter le besoin vital de pousse de l’arbre et le besoin humain d’avoir des fruits.

Deux systèmes de circulation de sève.

Un arbre pour vivre a besoin d’eau, d’azote, de carbone et de quantité d’autres nutriments. L’azote et les nutriments minéraux se trouvent dans le sol et sont absorbés par les racines grâce à leur interaction avec champignons et bactéries. Le carbone est puisé dans l’air, grâce aux rayons du soleil, via le phénomène de photosynthèse. Toutes ces nourritures sont transportées par la sève. Ou plutôt, les sèves car on comprend bien qu’il y a une circulation qui part des racines et une autre qui part des feuilles.

La sève brute véhicule l’eau, l’azote et autres nutriments puisés dans le sol. Elle part des racines vers le haut de l’arbre et circule dans le cœur des branches grâce à un phénomène de pression, les racines agissant un peu comme une pompe.

La sève élaborée transporte entre autres les sucres fabriqués grâce à la photosynthèse. Elle se déplace dans un réseau situé sous l’écorce fine, distinct de celui de la sève brute. Elle se diffuse dans les organes de l’arbre par gravité. Ces derniers se servent au passage : plus on est en bas de l’arbre et moins la sève est riche en sucres. Ce qui explique que les fruits, qui ont besoin de ce sucre, vont se développer dans les parties hautes de l’arbre (mais pas tout en haut, car les bourgeons à fruits se forment sur du bois ancien). A l’approche de l’hiver, la sève élaborée permet de stocker dans les racines des nutriments qui permettront la reprise printanière.

La taille en vert, qui a lieu en été, permet elle aussi de drainer la sève vers les zones de production de fruits plutôt que vers les zones de production de feuilles et de bois.

La taille en vert

Elle concerne les rameaux de l’année, identifiables par leur couleur vert pâle et leur souplesse. En raccourcissant ces rameaux, elle permet de rapprocher les bourgeons à fruit des charpentières et de limiter le développement du bois « inutile ». On la pratique plutôt quand les arbres sont en fructification et ont déjà un certain âge. Elle a lieu fin juin, début juillet. À cette époque la pression de la sève a tendance à diminuer – on approche de l’automne.

Conclusion : Des arbres fragiles…

Vous l’avez compris, le palissage est une technique qui fragilise les arbres puisqu’on limite leur développement. Le système racinaire est moins profond et rend l’arbre plus vulnérable à la sécheresse. Les tailles répétées sont autant de portes d’entrées pour les maladies. Si l’on veut prolonger au maximum la durée de vie de ces arbres, quelques précautions s’imposent :

L’arrosage, surtout en période de sécheresse : trop d’eau empêche l’oxygène d’aller dans les racines . Il se produit alors une asphyxie racinaire, les racines ne peuvent pas se développer ni absorber correctement les minéraux et l’azote du sol et les feuilles jaunissent par manque de nourriture. (ce qui explique que peu d’arbres sont adaptés aux sols trop humides, surtout parmi les fruitiers). Il faut certes un sol humide mais aussi un sol qui respire : un bon couvert végétal avec une bonne vie microbienne qui crée des poches d’air ; et laisser sécher entre deux arrosages.

Prévention des maladies en limitant les plaies : toute taille produit une ouverture par laquelle la sève peut s’écouler et les maladies pénétrer dans l’arbre : il vaut mieux tailler souvent et tailler de petites sections. Au verger nous avons décidé de ne pas utiliser de produits phytosanitaires, juste éventuellement quelques remèdes naturels. Nos tailles devront donc être douces. C’est pour cette raison aussi que l’on va tailler le plus possible pendant le repos végétatif, moment où la sève a cessé de circuler et la taille n’occasionnera pas de fuite de sève.

Sources et bibliographie

Nous devons à Hugo la grande majorité du contenu : merci à lui pour la richesse de ces apports et son ouverture à nos questions. Pour ceux qui désirent en savoir plus sur le palissage des fruitiers:

Encyclopédie des formes fruitières, Actes Sud
La taille des arbres fruitiers, éditions Ulmer

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