24 septembre 22 : taille de formation des haute-tiges

Peut-être avez-vous constaté que certains des arbres du verger haute tige ont changé d’allure, voire même subi une coupe drastique. Pas de panique !

C’est la conséquence de la taille de formation que nous avons menée le 24 septembre. Cette taille a pour objectif de donner la forme définitive des arbres.

gens autour d un arbre

Les arbres plantés en mars sont jeunes (greffés il y a un ou deux ans pour la plupart). Il est nécessaire de laisser pousser des branches qui feront son squelette (les branches charpentières) . Les branches portant les fruits se développeront à partir de ces dernières. Le but est de favoriser la fructification dans l’avenir. D’une manière qui peut sembler paradoxale, dans un premier temps, nous allons empêcher les arbres de fructifier et il faudra attendre deux ou trois ans avant de pouvoir déguster les fruits.

La taille des arbres fruitiers est complexe. Cet article se contente de présenter quelques fondamentaux de la taille, et une bibliographie pour ceux qui désirent aller plus loin. Et pour les travaux pratiques, nous continuerons l’opération l’automne prochain !

Les fondamentaux de la taille

Quand tailler?

Plusieurs d’entre nous ont été étonnés de voir proposer une taille fin septembre, alors que les arbres ont encore leurs feuilles. Traditionnellement, on dit qu’il faut tailler les arbres pendant la période de repos végétatif, quand ils ont perdu leurs feuilles (début ou fin d’hiver). Mais Hugo nous invite à remettre cette idée en question.

Pourquoi certains moments sont mieux adaptés que d’autres…

La taille inflige une blessure à l’arbre. Elle provoque une plaie par laquelle la sève pourra s’écouler. Il faut choisir la période de manière à favoriser la fermeture de la plaie grâce aux nutriments apportés par la sève.
La période de repos végétatif est à conserver pour les tailles interventionnistes. A condition d’éviter les périodes de gel.
Au printemps, la sève se remet à circuler des racines vers le haut de l’arbre. Elle apporte les nutriments nécessaires à la fermeture de la plaie. Mais certaines espèces ont du mal à cicatriser et dans ce cas, la sève va s’écouler hors de l’arbre en formant ce qu’on appelle de la « gomme ». Cette gomme va favoriser la présence de bactéries et dans certains cas le développement d’une maladie (la « gommose »). La branche devient creuse et meurt.
Septembre est une bonne période pour la cicatrisation : la sève circule encore dans les branches, de manière descendante : elle va des branches vers les racines ; elle est chargée de nutriments pour préparer l’hiver. La cicatrisation des plaies situées sur son chemin en est facilitée.
D’où les principes de taille suivants, selon les arbres :

Les palissés

Au printemps, pour les palissés, on distingue très bien les bourgeons à fleurs et donc il est facile de tailler selon ce que l’on désire : favoriser la pousse pour le développement de l’arbre ou favoriser la fructification.

Les arbres à noyaux (pruniers et cerisiers)

Pruniers et cerisiers cicatrisent mal, l’hiver ou le printemps ne sont pas adaptés. On évite les grandes tailles. On choisit un moment où il y a encore une activité de sève dans l’arbre.
Pruniers : après la récolte, en septembre.
Cerisiers : à la récolte (on peut même couper les branches pleines de fruits et cueillir tranquillement les fruits ensuite sur les branches à terre).

Les arbres à pépins (poiriers et pommiers)

On attend la fin de la récolte pour tailler. Mais ensuite rien ne s’oppose à une taille fin septembre – début octobre, ce qui permettra un début de cicatrisation avant l’hiver. Contre-argument : si on taille alors que l’arbre a encore beaucoup de feuilles, on le prive d’une partie de la nourriture qu’il aurait pu emmagasiner dans ses racines pour repartir au printemps. Il y a donc un choix à faire.

S’il y a une chose à retenir de l’atelier, c’est bien celle-là : la taille ne s’apprend pas dans les livres, elle s’apprend par l’observation et par l’expérience.

Comment tailler ?

Bien utiliser le sécateur

Lames affutées, désinfectées. La lame du côté de la partie qui va rester, la contre-lame de l’autre côté car elle écrase la branche et la cicatrisation se fera mal.

On coupe où ?

Avant de couper une branche, on observe : au départ de la branche, il y a des sortes de rides. On va laisser ces rides sur l’arbre car comportent davantage de cellules à même de former le bourrelet de cicatrisation.

On coupe donc ni trop court (risque de suppression des rides = mauvaise cicatrisation) ni trop long (la ride ne pourra pas recouvrir l’ergot, le bois de l’ergot va pourrir, sécher, et laisser une entrée aux maladies).

coupe trop longue

On coupe parallèlement aux rides, avec un peu d’inclinaison.

Si on veut raccourcir une branche, on observe : on taille au-dessus d’un bourgeon, sachant que c’est le bourgeon le plus haut de la branche qui va redémarrer : si on ne veut pas de bois à l’intérieur de l’arbre, on choisit un bourgeon orienté vers l’extérieur. Si on veut favoriser la formation de bois dans toutes les directions, on s’assure qu’il va rester au moins 3 bourgeons sur la branche.

coupe à la bonne longueur

Mastic ou pas mastic ?

Pas de mastic, mais il est primordial de faire une coupe propre et nette. La tendance est de mastiquer uniquement l’intérieur des plaies pour les grosses tailles et pas la périphérie, pour éviter les entrées d’eau dans le bois; sinon le risque est que le bourrelet de cicatrisation ne puisse pas se former, d’emprisonner des bactéries et de bloquer de l’humidité dans la plaie. Hugo frotte les grosses tailles avec un bout de charbon de bois (Fongicide ).

Spécificités de la taille de formation

Rappel :

Il s’agit de la taille des arbres pendant les premières années qui suivent la greffe. (3 à 5 ans selon la forme choisie). On va favoriser le développement du bois au détriment de la fructification en choisissant la forme de l’arbre adulte. On veille à l’existence de puits de lumière et à l’aération de l’arbre. On vise bien évidemment à avoir par la suite une fructification la plus abondante possible (sinon, on laisse faire la nature, ça peut être bien aussi!). Hugo nous a présenté trois types de taille, et pour chaque type, un ouvrage détaillé.

A savoir :

Les bourgeons sur une branche se succèdent à 120° les uns des autres, selon une spirale. Si on taille chaque année en laissant trois yeux sur la branche, on obtient des branches qui partent dans toutes les directions. Si chaque année pendant 3 ans on taille de cette manière on a de très nombreuses charpentières (3x3x3=27) qui occupent quasiment tout l’espace.

Taille en gobelet

C’est la forme classique des arbres que l’on achète en pépinière. Elle donne des arbres ouverts qui se ramifient et donnent des arbre plutôt buissonnants. La taille consiste à favoriser la ramification des branches en coupant les bourgeons les plus hauts. On élimine les branches qui se développent vers l’intérieur pour limiter l’humidité et augmenter l’ensoleillement en créant un puits de lumière.

mirabelier en gobelet
mirabellier en gobelet

Méthode de l’axe

On choisit de 1 à quelques branches maîtresses (axes) qu’on laisse pousser à la verticale en supprimant les premières années la majorité des ramifications. C’est une méthode qui tend à supplanter la taille en gobelet dans les vergers de production. Appliquée à des fruitiers de basse tige, elle facilite la récolte.Elle donne des arbres qui prennent moins d’espace, qui produisent un peu plus vite et au moins autant que les gobelets.

choix de l'axe principal

Taille douce

Comme son nom l’indique… l’idée est que les arbres n’ont pas besoin de taille de formation. On attend de voir comment ils se développent, quelle est leur forme naturelle (plutôt droite à la manière d’un sapin ? Plutôt buissonnante et retombante à la manière d’un saule?). On laisse donc l’arbre se ramifier naturellement. On observe les endroits où se forment bourgeons à fleurs.

bourgeons à fleurs

Quelle que soit la méthode, respecter la nature de l’arbre !

Les arbres qui poussent naturellement plutôt en hauteur (port érigé) apprécieront une taille selon la méthode de l’axe (exemple au verger : le cognassier Champion). Pour ceux qui ont tendance à s’étaler (port étalé, cas du Reine-Claude doré), on choisira un gobelet.
Si on s’efforce de maintenir un arbre dans une forme qui n’est pas la sienne, il va arrêter de pousser et beaucoup fructifier, ce qui va l’affaiblir. Ou bien au contraire, si on supprime trop de ramifications inclinées et qu’on privilégie la verticale, la fructification sera moindre. Ce critère est à prendre en compte au moment de l’achat de l’arbre ! Les formes gobelets auront tendance à prendre plus de place dans l’espace que les formes en axe, et l’espace ne sera pas occupé de la même manière (par exemple, il existe des cerisiers à port érigé et d’autres à port buissonnant ; certains arbres sont formés en colonne et n’ont pas de ramifications).

En pratique…

Transformation d’un gobelet en multiaxes : exemple du Reine Claude de Bavay port érigé.

On a éliminé la plupart des ramifications de cette branche pour construire un axe.
On la redresse avec les moyens du bord : une ficelle maintenue par des pierres; on obtient ainsi 3 axes bien définis.
Et voilà! Rendez-vous l'automne prochain pour éliminer les ramifications et conserver les axes.

Sources et bibliographie

BECCALETO Jacques, EYRAUD Marie-Claude, RETOURNAED Denis, La taille des arbres fruitiers. Former et entretenir toutes les formes fruitières pas à pas. (classique, gobelet)
LESPINASSE Jean-Marie, LETERME Evelyne, De la taille à la conduite des arbres fruitiers.(méthode de l’axe)
PETIT Jean-Luc, de la taille douce des arbres fruitiers, respecter la forme naturelle de l’espèce pour une mise à fruit rapide.

Compléments:

Schémas détaillés
La formation d’un arbre de plein vent, au fil des années (vidéo)

 

Cette publication a un commentaire

Laisser un commentaire