11 juin 2022 : aménagements pour la biodiversité

Le verger : un écosystème en devenir

Le verger a pris la place d’une pelouse qui était tondue assez régulièrement. La diminution drastique des tontes a permis à de nombreuses espèces qui étaient déjà présentes de se développer et de fleurir : trèfle rose, trèfle blanc, graminées, et même deux belles orchidées. Les fleurs attirent une multitude d’insectes, majoritairement des abeilles domestiques, mais aussi des abeilles sauvages et autres butineurs. Ça bourdonne dans tous les coins !

orchidée
La surprise d'une orchidée
Une multiplicité d’espèces fruitières a été plantée, en particulier dans la partie forêt. C’est une rupture avec l’écosystème précédent (pelouse). Il faut accompagner cette nouveauté en attirant des espèces animales pour aller dans le sens de la biodiversité et favoriser la mise en place de chaînes alimentaires partant des « nuisibles ». Plus le système sera riche, plus il sera capable de se défendre face aux espèces invasives et aux maladies. L’espace sera déjà occupé et les nouvelles espèces n’auront pas d’habitat disponible où s’installer durablement.
Nos alliés

Objectif de l’atelier

On vise à obtenir un verger en bonne santé et qui produise des fruits, avec le minimum d’intervention humaine sur le long terme. L’atelier prépare donc l’avenir. Les arbres ont été plantés il y a quelques mois seulement. Ils sont fragiles et on va les aider le temps qu’ils s’enracinent dans leur nouveau territoire. En procédant comme pour la création d’une ville nouvelle : on va attirer les futurs habitants en leur proposant des logements adaptés ! Mais avec zéro bétonisation et comme critère principal : créer les conditions nécessaires à la biodiversité.

Par exemple, un des poiriers de la forêt fruitière a été attaqué par les chenilles au mois de mai (voir photo) et il va avoir du mal à s’en remettre. Nous espérons que les aménagements réalisés vont permettre d’éviter la répétition de cette mésaventure.

chenilles dans le poirier
Mai 22 : les chenilles attaquent!

Les ennemis des humains mangeurs de fruits

Les pucerons, ennemis de l’année.

Ils ont été en très grand nombre au début du printemps et ont fait pas mal de dégâts, surtout sur les pruniers.

Pourquoi tant de pucerons en début de saison ?

Hugo explique: la coccinelle est un des principaux prédateurs du puceron. Les aléas climatiques (période très chaude suivie de temps très froid ) sont propices à un décalage entre les pontes de pucerons et des coccinelles. Ces dernières arrivent tardivement. Maintenant (mi-juin), elles ont bien pondu et il n’y a plus du tout de pucerons.

Que faire pour limiter les pucerons en attendant l’arrivée des coccinelles ?

On va donner le gîte à d’autres insectes friands de pucerons. Parmi ces insectes, les araignées chasseuses. Ce sont de petites araignées brunâtres qui vivent dans les haies ; elles ne font pas de toile, elles courent derrière leurs proies.
Les perce-oreilles (forficules de leur nom savant) sont aussi de précieux auxiliaires. Ils vivent la nuit et ont besoin de refuges pour le jour.

un fagot dans un poirier
Gîte ultra-simple pour araignées et perce-oreilles
pot plein d'herbes sèches dans un arbre
Un gîte plus sophistiqué, principalement destiné aux perce-oreilles

De petits fagots de brindilles, ou bien  un pot de terre rempli d’une pelote d’herbes sèches et de foin, feront de bons gîtes. On les installe assez haut dans les arbres, à proximité des feuilles et branches où se trouvent les pucerons. Araignées et perce-oreilles pourront ainsi se régaler sans trop d’effort !

Le carpocapse, ennemi du futur

Un autre ennemi de nos desserts est le carpocapse. Ou plus exactement, la chenille de ce petit papillon gris et brun, connue sous le nom de ver de la pomme. Les fruits touchés ont tendance à tomber avant maturité, et se conservent mal. Sans compter le désagrément de trouver un habitant dans le fruit qu’on s’apprête à savourer !

Chenille du carpocapse
Même si les premières vraies cueillettes sont pour dans quelques années, on peut déjà commencer à faire comprendre aux carpocapses qu’ils ne sont pas bienvenus au verger. On peut réduire la population de papillons et de larves en faisant appel à des oiseaux : mésange bleue, mésange charbonnière, pipistrelle ou autre chauve-souris. Et, bon à savoir : le perce-oreille et les araignées chasseuses sont aussi de bons prédateurs des œufs et des larves du carpocapse.

Un abri pour les pipistrelles

Les pipistrelles sont de petites chauve-souris. Les familiers de la Sourderie en ont déjà observé autour des lampadaires du parc. Hugo leur a fabriqué un abri. C’est un peu tard pour cette année, les pipistrelles ont déjà choisi leur gîte d’été. Mais nul doute qu’il sera repéré et habité l’an prochain, après qu’elles auront passé l’hiver dans un endroit plus protégé.

abri pipistrelle au sol
Abri à pipistrelle
abri dans un chêne
L’abri a trouvé sa place dans les hauteurs du grand chêne à l’entrée de la forêt fruitière, grâce à un participant téméraire!

Et les mésanges ?

La pose de nichoirs à mésanges est devenue courante, en particulier dans la lutte biologique contre les chenilles processionnaires. Les arbres où des nichoirs ont été posés sont repérables par un cercle orange sur leur tronc. Il y en a déjà à la Sourderie.

nichoir à mésange dans un arbre
Nichoir à mésange

En conclusion

Comme de bien entendu, l’atelier se prolonge par un goûter sur l’herbe. C’est l’occasion de continuer les échanges. Mais de quoi avons-nous parlé ?

personnes assises en cercle sur l'herbe
Goûter sur l'herbe

Comment voir des pipistrelles ?

Facile : sortez par une nuit d’été, installez-vous près d’un lampadaire et levez les yeux. La lumière attire de nombreux insectes volants et les chauve-souris trouvent là un garde-manger facilement accessible. Hélas, quand elles se nourrissent de cette manière, il n’y a pas grand intérêt pour elles à aller picorer dans les arbres… Sans compter que l’éclairage nocturne créée un décalage horaire perturbant les cycles de vie des insectes. C’est une des nombreuses raisons qui pousse à demander l’extinction de l’éclairage nocturne, pour protéger la biodiversité.

Les nichoirs à mésange

Si vous souhaitez poser un nichoir à mésange dans votre jardin, renseignez-vous sur les caractéristiques exactes de ce dernier (le diamètre du trou d’entrée dépend de l’espèce qu’on veut attirer ; pas de petit bâton perchoir devant l’entrée, les mésanges n’en ont pas besoin, en revanche, les prédateurs seront ravis de les trouver).

La chouette chevêche

Petite chouette présentée comme la plus diurne des rapaces nocturnes… Elle chasse en début et en fin de journée. Dans les années cinquante on en voyait partout dans les vergers, les champs… avant d’assister à un effondrement de la population. La cause en est attribuée aux remembrements successifs et au passage à la monoculture qui ont fait disparaître les haies où elles se nichaient. Elle bénéficie d’une protection totale sur le territoire français depuis 1981. Pour le moment il n’est pas prévu d’installer un nichoir au verger. La LPO préconise d’ailleurs de faire une étude préalable avant toute installation de nichoirs pour ces chouettes.

Autres pistes

Parmi les autres actions évoquées pour préserver les arbres et les récoltes, il y a l’installation de bandes de glu sur les troncs des arbres pour dissuader les fourmis. Certains ont évoqué le chaulage des troncs. Hugo le préconise en curatif, contre les champignons dont les pores sont dans le tronc (oïdium, tavelure par exemple).

Sources et bibliographie

Nous devons à Hugo la grande majorité du contenu : merci à lui pour la richesse de ces apports et son ouverture à nos questions. Pour en savoir plus, il nous a conseillé l’ouvrage : La biodiversité amie du verger, Évelyne Leferme, Les Éditions du Rouergue et les sites internet suivants :

Un document utile comme  première entrée en matière sur les maladies cryptogamiques mais attention, les indications sur les traitements ne sont pas conseillées !  Maladies_Cryptogamiques_au_Verger_Biodim.pdf

Photo et compléments sur le carpocapse:

Wikipedia

Sur l’impact de l’éclairage nocturne :
France Nature Environnement : https://fne.asso.fr/communique-presse/pollution-lumineuse-ousontlesetoiles-operation-a-la-fenetre

Agence Régionale de la Biodiversité ÎdF : https://www.arb-idf.fr/article/rencontre-technique-trame-noire-et-biodiversite/

Concernant la chouette chevêche :

Wikipedia

Site Ligue Protectrice des Oiseaux : https://rapaces.lpo.fr/cheveche-dathena 

Laisser un commentaire